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#Santé

Acouphènes : des causes aux solutions de prise en charge

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AUDIOPROTHÉSISTES ORL
22/06/2026

L’acouphène est un trouble fréquent qui peut entraîner des conséquences importantes sur la qualité de vie, allant jusqu'à des états d’anxiété et de dépression. Le Dr Paula-Andra Sebestyen, de l’Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild, nous éclaire sur les causes, le diagnostic et les prises en charge possibles.

Dr Paula-Andra Sebestyen

Dr Paula-Andra Sebestyen
Médecin ORL à l’Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild ; La Clinique de l’Oreille, Paris

 

 

 

 

 

 

Les acouphènes sont des perceptions auditives entendues en l’absence de sources sonores externes, qui peuvent prendre différentes formes : bourdonnement, sifflement, grincement, cliquetis… Leur retentissement est variable d’un individu à l’autre. Si certaines personnes ne ressentent qu’une simple gêne, d’autres seront plus impactées dans leur vie quotidienne. “Ces dernières années, les sociétés savantes ont fait évoluer la définition de l’acouphène afin de mieux prendre en compte ses caractères et son retentissement sur la qualité de vie. C’est important de comprendre que les processus cognitifs ou émotionnels peuvent influencer la manière dont l’acouphène est vécu. Lorsqu’une anxiété ou une dépression est associée, l’acouphène peut être ressenti comme plus envahissant ou plus difficile à supporter”, précise le Dr Paula-Andra Sebestyen, médecin ORL à l’Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild.
 

Acouphènes : des origines diverses

Les acouphènes continus représentent la majorité des cas. Ils sont généralement dus à une perte auditive, même minime, qui peut avoir des causes diverses. “La perte auditive induit une diminution des informations auditives transmises de l’oreille vers le cerveau. Face au manque de signal, le cerveau s’adapte et augmente l’activité auditive. Cette compensation peut devenir excessive, et entraîner l’apparition d’une activité spontanée au niveau des aires auditives, qui est perçu comme un son. D’autre part, le cerveau a la capacité d’anticiper en permanence, il s’attend à certains sons qui doivent arriver, et quand l’information auditive n’arrive plus, il peut générer un signal interne pour combler le manque”, explique le Dr Sebestyen.

Les acouphènes rythmiques sont plus rares. Parmi eux, les acouphènes pulsatiles sont la perception d’un bruit rythmé par les battements cardiaques. Leur origine est généralement vasculaire, ou liée à une hypertension intracrânienne, ou à certaines anomalies anatomiques de l'oreille ou des structures voisines.
 

Plus rares, les acouphènes rythmiques, non synchrones au pouls, peuvent être liés à des contractions répétitives des muscles qui se trouvent dans l’oreille moyenne, ou à des dysfonctions de la trompe d’Eustache.
Parfois, ce sont d’autres structures qui interfèrent, comme le système somatosensoriel : des muscles, des articulations qui entourent l’oreille, des zones cervicales ou de la mâchoire. Le cerveau perçoit le signal somatosensoriel comme un signal auditif. C’est un défaut d’interprétation”, ajoute l’ORL.
 

Identifier la cause et évaluer l’impact de l’acouphène

En consultation, la première chose à faire est d’identifier l’étiologie potentielle et d’évaluer l’impact de l’acouphène, comme l’explique le Dr Sebestyen : « On commence par faire un interrogatoire complet pour rechercher un éventuel facteur déclenchant (traumatisme sonore, otite, médicament, surdité brutale…). On cherche également certains antécédents médicaux, notamment ORL, neurologiques, endocriniens ou psychiatriques. Ensuite, le degré de la gêne est évalué avec des questionnaires et des échelles visuelles analogiques, afin de mieux évaluer le retentissement de l’acouphène sur la qualité de vie ».
Le médecin ORL procède ensuite à un examen clinique complet. Les oreilles, la cavité buccale et le nez sont examinés afin de déceler d’éventuelles anomalies susceptibles d’en être la cause. « Dans le cas d’acouphènes pulsatiles, différentes manœuvres peuvent être réalisées, comme la compression cervicale ou certaines variations de position. On observe alors si ces gestes atténuent l’intensité de l’acouphène ou l’accentuent. Pour explorer une origine somatosensorielle, on évalue l’état des cervicales, de l’articulation temporo-mandibulaire, ainsi que les tensions musculaires au niveau du cou et de la mâchoire. Cela donne des pistes sur la cause de l’acouphène », détaille l’ORL.
En complément de l’audiogramme, réalisé pour mesurer la capacité auditive du patient, l’acouphénométrie permet de caractériser la hauteur et l’intensité perçus de l’acouphène. Des examens complémentaires, notamment l’imagerie, peuvent être indiqués dans certains cas.
 

Acouphènes : une prise en charge multidisciplinaire

Dans certains cas, l’acouphène peut être traité lorsque la cause est curable (otite par exemple). En revanche, lorsqu’il n’est pas possible d’identifier ou de traiter la cause de l’acouphène, la prise en charge vise à atténuer la perception de l’acouphène et à réduire l’impact sur la qualité de vie.
« Quand il y a une surdité, la première chose à faire est la correction auditive. En corrigeant l’audition, le milieu sonore est plus riche, ce qui fait que l’acouphène est noyé dedans. Le cerveau est moins fatigué, ce qui peut faire diminuer le ressenti de l’acouphène », explique le Dr Sebestyen. La prise en charge repose également sur des approches comportementales : « La thérapie cognitive comportementale est aujourd’hui l’approche dont l’efficacité est le mieux démontrée, notamment sur l’insomnie, l’anxiété et le retentissement de l’acouphène. Les approches psychocorporelles, comme la méditation, la sophrologie ou l’hypnose, peuvent améliorer la tolérance et réduire la charge émotionnelle ».
Du point de vue auditif, les thérapies sonores, avec des générateurs de bruit, des bruits blancs, de la musique adaptée ou des bruits de la nature permettent d’enrichir l’environnement sonore, et ainsi de diminuer la perception de l’acouphène. Le Dr Sebestyen rappelle « qu’il ne faut pas rechercher le silence à tout prix lorsqu’on souffre d’acouphènes. Un environnement sonore adapté aide souvent le cerveau à moins focaliser son attention sur l’acouphène ».
Elle insiste sur le fait qu’il faut déconstruire certaines croyances : « Les patients demandent souvent des médicaments, mais aucun médicament n’a prouvé son efficacité pour réduire directement l’acouphène. On emploie des médicaments seulement si des traitements spécifiques sont nécessaires, en cas de surdités brusques associées par exemple, ou pour traiter d’autres symptômes comme la dépression ou l’insomnie ».
Du côté des acouphènes somatosensoriels, une prise en charge par thérapies manuelles, telles que la kinésithérapie maxillo-faicale et cervicale, peut permettre de relâcher les tensions musculaires et de corriger certaines postures, ce qui peut réduire les symptômes. Dans certaines situations sélectionnées, des injections de toxine botulique peuvent également être proposées.
 

Détourner l’attention du cerveau pour réduire les symptômes d'acouphènes

Face aux acouphènes, le médecin ORL joue un rôle clé pour orienter le patient et l’aider à comprendre ses symptômes : « Il faut lui expliquer que l’objectif n’est pas toujours de faire disparaître complètement l’acouphène, mais d’en réduire l’impact au quotidien. Souvent, le problème n’est pas seulement le son lui-même, mais l’attention que le cerveau lui porte. L’objectif est d’aider le cerveau à considérer ce signal comme non pertinent afin qu’il puisse progressivement cesser de lui accorder de l’attention. Comme dans la vie de tous les jours, le cerveau a la capacité de trier entre les informations importantes et celles qui ne le sont pas. Mais cette capacité peut être perturbée par le stress, l’anxiété, la fatigue ou les troubles du sommeil », commente le Dr Sebestyen.

Pour conclure, elle rappelle l’importance de la prévention : « Il faut protéger ses oreilles lorsqu’elles sont réellement exposées à des niveaux sonores élevés, comme lors des concerts, des festivals ou parfois au cinéma, et respecter des temps de repos auditif. En revanche, il ne faut pas porter de protections auditives en permanence. À force de réduire les stimulations sonores du quotidien, le cerveau peut devenir plus sensible au bruit. Or, cette hypersensibilité accompagne souvent les acouphènes et peut contribuer à entretenir la gêne ressentie ».

Propos recueillis par Sophie Vo.
 

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