Jade Maréchal, escrimeuse de haut niveau engagée pour la santé auditive
Escrimeuse dans l’équipe de France, double championne d’Europe par équipe, Jade Maréchal est également conférencière et entrepreneuse. Atteinte d’une surdité unilatérale depuis son jeune âge, elle s’engage aujourd’hui pour sensibiliser à la santé auditive tout en poursuivant son objectif olympique.
Vous avez la double casquette de sportive de haut niveau et entrepreneuse. Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
J’ai commencé l’escrime à l’âge de 9 ans, à Bordeaux, et à partir de 2019, je suis passé en haut niveau en intégrant l’équipe de France d’escrime, puis l’INSEP (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance) un an après.
En parallèle de mes entraînements, je poursuivais mes études et je devais également trouver des partenaires pour financer mes saisons. J’ai alors commencé à intervenir en entreprise pour expliquer le quotidien d’une sportive de haut niveau. Puis rapidement, j’ai créé mon entreprise de conférencière, pour transmettre aux professionnels les outils du sport de haut niveau, applicables dans leur quotidien. Pour aller plus loin, j’ai ensuite cofondé avec Eva Lacheray, autre escrimeuse de l’équipe de France, la société EJ Unlimited, qui propose aux entreprises un accompagnement en ligne sur 3 mois.

Crédit photo : © Virgile Bath
Quel impact votre surdité unilatérale a-t-elle eu sur votre quotidien et votre pratique sportive?
J’ai une surdité de l’oreille gauche qui a été diagnostiquée à l’âge de 4 ans. A l’époque, la seule solution qui m’a été proposée était l’implant cochléaire. Mes parents ont refusé l’opération car j’entendais bien d’une oreille. J’ai donc vécu ainsi pendant 25 ans. Au quotidien, ma surdité me gênait dans certaines situations : à table, je devais me placer tout à gauche pour mieux entendre, et dans les événements bruyants, j’avais des difficultés à entendre.
Dans ma pratique de l’escrime, quand j’étais petite, je devais demander à être placée à gauche de l’arbitre pour pouvoir entendre le signal de départ. J’ai arrêté de le faire en grandissant, mais il fallait que je regarde tout le temps l’arbitre pour voir ses gestes. Comme je tournais la tête, j’avais un temps de retard par rapport à mon adversaire.
“J’ai mis longtemps à être appareillé car j’avais des préjugés.
Aujourd’hui, mon regard a changé et j’aimerais transmettre aux jeunes que l’appareillage nous concerne aussi.”

Crédit photo : © Virgile Bath
Qu’est-ce qui vous a poussé à franchir le cap de l’appareillage ? Et qu’est-ce que cela a changé pour vous ?
Ce n’est que récemment, après avoir posté une vidéo sur les réseaux sociaux, que j’ai reçu le témoignage d’une personne qui avait la même problématique que moi et qui allait mieux grâce à un appareillage. Je me suis alors renseignée, et en allant au Festival de la Santé, j’ai rencontré l’enseigne Ecouter Voir. S’en est suivi une visite chez l’audioprothésiste.
Depuis que je suis appareillé, je peux participer aux échanges même en étant placé au milieu d’une table. J’ai également constaté les avantages dans ma pratique de l’escrime. Avant, il m’arrivait de ne pas entendre les conseils de mon coach, alors qu’aujourd’hui, je l’entends même s' il est au bout de la salle à ma gauche. J’estime que je suis très chanceuse car aujourd’hui, je peux entendre quand je le souhaite. La nuit, je ne porte pas l’appareil auditif et quand je veux bien dormir, il me suffit de me mettre sur le côté pour couvrir l’oreille qui entend.
Vous êtes aujourd’hui ambassadrice pour l’Association Nationale de l’Audition. Comment votre expérience vous a-t-elle conduit à vous engager pour la santé auditive ?
J’ai mis longtemps à être appareillé car j’avais des préjugés. Pour moi, les appareils auditifs étaient contraignants et destinés au 3e âge, donc loin de moi l’idée d’ouvrir la porte d’un audioprothésiste. Aujourd’hui, mon regard a changé et j’aimerais transmettre aux jeunes que l’appareillage nous concerne aussi. En tant que sportive, je reçois également beaucoup de questions sur l’appareillage auditif associé à la pratique sportive. Et à titre plus personnel, lors de la Journée nationale de l’Audition organisée au Ministère de la santé, j’ai eu l’occasion de déjeuner avec des personnes sourdes, avec qui je ne pouvais pas communiquer. Cette expérience m’a marquée et j’ai décidé de me former à la langue des signes.

Crédit photo : © Virgile Bath
Comment diffusez-vous les valeurs et compétences du sport, à travers votre entreprise ?
Aujourd’hui, mon identité repose sur la volonté de créer un pont entre le sport de haut niveau et le monde professionnel. Le sport nous apprend à gérer notre stress, à rebondir après les échecs. Ce sont des montagnes russes d’émotions qu’il faut apprendre à maîtriser. Dans une discipline comme l’escrime, il faut aussi savoir prendre des risques, oser. Toutes ces compétences et valeurs du sport sont des leviers de performance pour les entreprises.
D’autre part, je travaille actuellement à un autre projet. Je rédige un ouvrage qui devrait sortir en fin d’année. Il s’adressera aux parents et à l’entourage des jeunes sportifs, afin de les aider à les accompagner.
Actuellement, vous recherchez des sponsors pour les Jeux Olympiques ?
Je m’entraîne actuellement à l’INSEP en vue des Jeux Olympiques de Los Angeles 2028. L’escrime étant un sport amateur, il ne nous permet pas de vivre de notre pratique car nous ne sommes pas salariés. De manière générale, comme beaucoup de sportifs de haut niveau, je dépend fortement des sponsors et des partenaires pour financer mes saisons.
Propos recueillis par Sophie Vo.

Crédit photo : © Virgile Bath

Crédit photo © Benoît Bernheim
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