La misophonie : l’intolérance à certains bruits du quotidien
Bruits de bouche, de clavier ou de stylo… Si ces sons agacent de nombreuses personnes, ils peuvent également provoquer chez certains des réactions émotionnelles intenses et incontrôlables. Décrite récemment, la misophonie est un trouble encore peu connu, qui peut avoir de fortes répercussions sur la vie sociale et professionnelle.
La misophonie se caractérise par une intolérance à certains sons (mastication, reniflements, tapotements sur un clavier, cliquetis d’un stylo, etc…), entraînant des réactions fortes de tension psychologique, de colère ou de détresse. C’est en 2001, avec les travaux de Pawel et Margaret Jastreboff, que ce trouble a été décrit et que le nom de misophonie - du grec miso (détester) et phono (sons) - lui a été donné.
“Les patients décrivent une intolérance au son qui n’est pas une douleur ni une sensation d’hyperacousie. Il s’agit d’une sensation de désagrément déclenché par la perception de certains sons, qui peut aller du dégoût à la colère. Le fait d’avoir une réaction temporaire de misophonie légère est commun. Beaucoup de personnes ressentent de l’inconfort en entendant quelqu’un qui aspire sa soupe par exemple. Mais chez une minorité de personnes, cette intolérance prend une tournure extrêmement importante, ce qui les exclut des relations sociales : ils ne peuvent plus manger en famille ou entre amis, ni travailler car ils ne supportent pas les bruits de leurs voisins de bureau”, explique le Dr Alain Londero, médecin ORL à l’hôpital Lariboisière.
La misophonie : des causes encore mal connues
La misophonie est souvent associée à des troubles psychologiques, tels que l’anxiété ou la dépression, qu’ils soient déclenchés ou co-occurents. Certains troubles du neurodéveloppement, comme le TDAH (trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité) et l’autisme, peuvent également être associés à l’intolérance au bruit, avec une sensibilité à la lumière ou aux odeurs.
Du côté de l’audition, les personnes atteintes de misophonie n’ont généralement pas de troubles et présentent un système auditif normal. “Souvent, l’intolérance n’est pas seulement auditive, elle peut apparaître face au mouvement qui provoque le bruit. Voir quelqu’un mâchonner un chewing-gum, même sans l’entendre, peut donner la même réaction que celle causée par le bruit de mastication”, ajoute le Dr Alain Londero.
Pour l’heure, les causes de la misophonie ne sont pas établies, mais certaines études démontrent un lien (sans relation de cause à effet) avec une altération de l’activité du cortex insulaire antérieur, qui est notamment impliqué dans le traitement des émotions. “La misophonie est une notion récente, avec toute une littérature scientifique qui se développe. Aujourd’hui, c’est un sujet de recherche actif, à la frontière entre différents domaines : l’ORL, la psychiatrie et les neurosciences”, précise l’ORL.
Quelles prises en charges possibles ?
Le diagnostic de la misophonie est clinique et repose sur des questionnaires standardisés. S’il n’existe pas de traitement spécifique, diverses stratégies permettent de réduire l’impact de la misophonie. “Un traitement médicamenteux, en particulier les anxiolytiques et les antidépresseurs, peut être proposé. La thérapie cognitive et comportementale est également utilisée pour apprendre au patient à contrôler sa réaction et à gérer la situation de façon moins violente, afin qu’il ne rentre pas dans un cycle infernal. En effet, plus la personne redoute l’exposition aux sons, plus les symptômes risquent de s’aggraver”, explique le Dr Alain Londero. Il précise que l’ORL intervient peu dans la prise en charge : “L’ORL permet au patient de mettre un mot sur son trouble, puis il le guide vers une prise en charge thérapeutique. Nous n’avons pas un rôle de thérapeute car il n’y a pas de désordre du système auditif.”
Propos recueillis par Sophie Vo.
Article rédigé en collaboration avec le Dr Alain Londero, médecin ORL à l’Hôpital Lariboisière, Institut Reconnect.
Le 8 juin 2026.
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